Selon un nouveau rapport du CGAP, un groupe de microfinance basé à la Banque mondiale, les récentes difficultés de remboursement qu’ont connu quatre marchés de la microfinance en croissance rapide ne résultent pas de la crise financière, mais de la manière dont cette microfinance fonctionne sur les marchés à forte croissance. Les auteurs examinent les récentes difficultés de remboursement dans quatre marchés de la microfinance certes en croissance rapide mais disparates — Nicaragua, Bosnie-Herzégovine, Maroc et Pakistan - et concluent que les problèmes observés sont étroitement associés aux phases de croissance que chacun de ces pays a connues entre 2004 et 2008.

Les auteurs avancent que loin d’être la cause première des problèmes rencontrés par ces pays, la microfinance a réussi à atténuer de manière relativement satisfaisante les difficultés de la crise financière au plan mondial, redonnant aux observateurs leur confiance dans le fait que la microfinance sortira confortée de cette crise.

Ce rapport, intitulé << Croissance et vulnérabilités de la microfinance >> (que l’on peut consulter à l’adresse ****://www.cgap.org/p/site/c/template.rc/1.9.42393/), étudie trois faiblesses au coeur de la crise du remboursement dans ces pays : une concentration excessive des prêts par les instituts de microfinance et les emprunts multiples de leurs clients ; des surcapacités de services post-marché surdéveloppées au sein de ces instituts ; et une perte de discipline de crédit alors que ces instituts cherchent une croissance rapide.

<< L'expérience montre que la microfinance peut conserver la qualité des éléments d'actifs et assurer des rendements impressionnants, à la fois en termes de profits pour les investisseurs et d'amélioration des conditions de vie des gens >>, explique Xavier Reille, co-auteur de ce rapport au CGAP. << Néanmoins, quelques pays montrent des signes de tensions et nous rappellent la nécessité d'une attention plus grande portée à la croissance durable et à un nouvel engagement en faveur de la qualité des éléments d'actif. >>

Au cours des dix dernières années, la microfinance a crû mondialement à un rythme impressionnant, donnant accès aux services financiers à des millions de foyers défavorisés. Cette croissance a été tirée par des instituts de microfinance ambitieux et alimentée par l’abondance du crédit. Les investisseurs nationaux et étrangers n’ont eu de cesse de soutenir la croissance de ce secteur. << La décennie qui vient devrait porter son attention sur la croissance durable, et accorder une nouvelle attention aux services proposés et à la qualité des éléments d'actifs >>, explique Reille.

Le CGAP montre que trois évolutions seraient susceptibles de promouvoir la phase suivante de l’expansion de la microfinance : un meilleur équilibre entre croissance et qualité des services de la part des instituts de microfinance ; une extension dans le nombre et l’utilisation des bureaux d’information sur les crédits ; et une meilleure information sur les marchés, permettant aux gestionnaires de prendre des décisions plus précises sur le point de savoir dans quels domaines développer leurs services avec une plus grande efficacité.

Les auteurs montrent que dans chacun de ces quatre pays, les instituts de microfinance se sont suivis dans certaines localités, omettant de proposer leurs services de manière plus équitable dans d’autres secteurs. Cette concentration et cette concurrence ont certes eu quelques avantages pour certains clients, mais a parallèlement accru les risques que les emprunteurs s’endettent plus lourdement auprès de plusieurs sources, et a modifié leurs incitations au remboursement.

En cherchant de nouveaux clients et une croissance de leurs actifs, de nombreux instituts de microfinance dans ces quatre pays n’ont pas su maintenir la qualité et l’efficacité de leurs personnels, ont perdu de vue la gestion intermédiaire et le caractère adéquat des contrôles internes.

Enfin, la discipline du crédit elle-même a commencé à en pâtir. Les instituts ont commencé à prendre plus de risques pour gagner de nouveaux clients et ont élargi leurs offres de produits sans une adaptation et un renforcement des contrôles internes adéquats.

Les quatre pays examinés dans ce rapport fournissent des leçons à une activité plus vaste qui reste raisonnablement forte, estiment les auteurs. Ils posent la question de savoir si des pays connaissant une croissance rapide comme l’Inde, où la croissance des éléments d’actifs a largement dépassé celle d’autres pays, pourraient voir se développer des vulnérabilités similaires. << Les instituts de microfinance devront bien mieux gérer leurs contrôles internes et mieux comprendre leurs clients et leurs marchés >>, explique Xavier Reille. << Les bureaux d'information de crédit seront à cet égard de précieux alliés, en aidant les instituts de microfinance à éviter la sursaturation des marchés et à identifier des opportunités de croissance, en leur apportant la cartographie d'accès au financement qui les guidera dans leur développement ultérieur. >>

Les auteurs soulignent que les recommandations de leur rapport ne constituent pas en elles-mêmes la panacée à tous les problèmes ultérieurs envisageable de la microfinance, mais que, toutes ensembles, elles pourraient globalement aider le secteur à ne pas répéter les erreurs du passé.

A propos de CGAP

Le CGAP (Consultative Group to Assist the Poor) est la principale ressource mondiale consacrée au développement de la microfinance. Il fournit au secteur financier, aux gouvernements et aux investisseurs des informations objectives, des avis d’experts et des solutions innovantes permettant d’étendre efficacement l’accès aux moyens de financement pour les personnes déshéritées dans le monde. Pour de plus amples informations, veuillez consulter le site ****://www.cgap.org

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